Egypte
. Historique
Selon les études, les origines de l’Égypte remontent à 7000 av. J-C. Il s’agit d’un pays très ancien dont l’histoire est jalonnée par de nombreux évènements. Nous avons retracé brièvement et partiellement, l’historique de l’Égypte en quelques dates importantes.
642 à 1517 : Empire arabe
Conquête arabe. La conquête arabe introduit une rupture fondamentale dans l’histoire de l’Égypte : l’arabe est imposé comme langue administrative. L’Égypte devient un des centres de la culture arabe.
1869 : Ouverture du canal de Suez
Le canal de Suez permet de relier la mer Rouge et la mer Méditerranée.
1882 : Début de l’occupation britannique
1914-1952 : Protectorat britannique
La première guerre mondiale joue le rôle de catalyseur et met fin à quatre siècles de domination ottomane. La Grande-Bretagne fait de l’Égypte un protectorat, officialisant enfin l’autorité qu’elle y exerce depuis 32 ans.
1922 : Indépendance de l’Égypte
La Grande-Bretagne met fin au protectorat mais l’occupation et le contrôle subsistent. Le Roi Fouad Ier devient « Roi d’Égypte ». Son fils, le Roi Farouk Ier, lui succèdera en 1936.
1928 : Fondation du mouvement des Frères Musulmans
Hassan al-Banna fonde les Frères musulmans. Ils veulent redynamiser l’Islam et lutter contre la présence coloniale anglaise. Aujourd’hui encore, le mouvement exerce une pression considérable sur les gouvernements égyptiens.
1952 : « Samedi noir »
Un putsch orchestré par le mouvement des officiers libres dépose le Roi Farouk Ier. Gamal Abdel Nasser prend la tête du gouvernement en 1953 après avoir écarté Mohammed Naguib, jugé trop proche des Frères musulmans. La République est proclamée.
1956 : Nationalisation du canal de Suez
Nasser annonce la nationalisation du canal de Suez, une réponse au refus américain de financer la construction du grand barrage d’Assouan. La Grande-Bretagne et la France sont les principaux associés de la compagnie du canal de Suez. Avec Israël, ils entreprennent une opération militaire en Égypte. L’ONU, les Soviétiques et les Américains condamnent l’invasion.
1958 : République arabe unie
Égypte et Syrie forment la République arabe unie.
1967 : Guerre des Six-Jours
L’armée d’Israël envahit le Sinaï. Après 6 jours de combat, les États-Unis et les Soviétiques réclament un cessez-le-feu. L’Égypte perd une partie de son territoire.
1970 : Anouar el-Sadate succède à Nasser
Après la mort de Nasser, Anouar el-Sadate est désigné comme candidat unique à la présidence de la République arabe d’Égypte.
1973 : Guerre du Kippour
Le président el-Sadate s’engage dans un conflit contre Israël pour reconquérir les territoires perdus.
1979 : Accords de camp David
Les Accords de camp David conduisent à la signature d’un traité de paix entre l’Égypte et Israël. Le monde arabe reproche à Anouar el-Sadate de ne pas avoir assez mis en avant les intérêts arabes et par conséquent, boycotte l’Égypte.
1981 : Assassinat du président Sadate
Anouar el-Sadate est assassiné, Hosni Moubarak lui succède. Après une tentative de démocratisation, le président Moubarak tend vers plus de répression.
1996-1997 : Vague d’attentats terroristes contre des touristes
2005 : Premières élections présidentielles libres
Moubarak demande au Parlement d’autoriser les premières élections présidentielles libres et il obtient un mandat jusque 2011. Les Frères musulmans appellent au changement.
2009 : Discours du président Obama au Caire
Pour une nouvelle donne entre les États-Unis et le monde musulman.
Janvier 2011 : Révolution égyptienne
De violentes manifestations éclatent dans le pays. Le peuple s’insurge contre les abus de la police, le manque de démocratie et les conditions de vie. Le mouvement conduit à la démission du président Moubarak.
2012 : Président Morsi
Mohamed Morsi gagne les élections et devient président de la République arabe d’Égypte.
2012 : Adoption d’une nouvelle constitution
Juillet 2013 : Coup d’état organisé par l’armée
Mohamed Morsi ne parvient pas à régler les problèmes que rencontre le pays. Les manifestants descendent dans la rue et l’armée s’empare du pouvoir.
Mai 2014 : Élection du président al-Sissi
L’armée reprend le pouvoir par l’intermédiaire du maréchal al-Sissi. Le nouveau régime est adoubé par l’Arabie Saoudite. Le pays promet des subventions à hauteur de 5 milliards de dollars.
Août 2015 : Élargissement du canal de Suez
Le maréchal al-Sissi fait vibrer la corde nationaliste et inaugure l’extension du canal de Suez.
Janvier 2016 : L’affaire « Giulio Regeni »
Le corps mutilé d’un étudiant italien, Giulio Regeni, est retrouvé au Caire. Les autorités nient leur responsabilité.
3. Vers la décolonisation
Durant trois décennies, l’Égypte a été sous domination française et surtout britannique. La domination étrangère et le long processus de décolonisation ont exacerbé le nationalisme égyptien.
Après de violentes manifestations, l’Égypte accède officiellement à l’indépendance en 1922. Fouad, sultan, devient roi d’Égypte sous le nom de Fouad 1er. La Grande-Bretagne reconnait la monarchie parlementaire et le Royaume se dote d’un gouvernement et d’une constitution.
Cependant, il s’agit d’une indépendance relative étant donné que la Grande-Bretagne conserve de nombreux intérêts économiques – notamment le canal de Suez – et garde le contrôle sur la défense et les affaire étrangères. La monarchie des rois Fouad puis de son fils Farouk, est considérée comme le « fantoche » du pouvoir britannique.
De nombreuses revendications d’indépendance émergent, notamment au travers du renforcement du mouvement Wafd. À l’origine, le Wafd[1] est une simple délégation visant à défendre l’indépendance de l’Égypte mais il se constitue très vite en un véritable parti politique laïc et libéral. Dirigé par Saad Zaghloul, le parti Wafd gagne les élections de 1924. Gêné par le gouvernement wafdiste, Fouad 1er n’hésite pas à le dissoudre à plusieurs reprises. De 1922 à 1952, le gouvernement et la monarchie vont être en conflit permanent.
Le 25 janvier 1952, suite à l’annonce de l’écrasement par les tanks britanniques d’une fronde née dans les casernes, à proximité du canal de Suez, une manifestation de colère réunit étudiants, ouvriers, petits artisans, mais aussi forces de police. Des anglais sont tués et capturés. Des symboles britanniques sont détruits. Le Caire brûle. L’évènement restera dans l’histoire comme le « samedi noir ».
Cette violence traduit à la fois des revendications du peuple en proie aux difficultés économiques, l’exaspération générale envers un monarque corrompu, le désarroi vis-à-vis des ministres du Wafd, miné par les dissensions, et le rejet réaffirmé de la présence britannique.
Gamal Abdel Nasser, accompagné de son association clandestine d’officiers libres, se donne pour objectif le renversement d’une monarchie indigente qui tolère les humiliations étrangères et qui n’a pas su empêcher la défaite arabe de 1948 en Israël. Le 23 juillet 1952, un officier libre lit à la radio : « L’Égypte vient de traverser la période la plus sombre de son histoire, avilie par la corruption, désagrégée par l’instabilité. (…) Elle est maintenant entre les mains d’hommes dont la capacité, l’intégrité et le patriotisme peuvent vous inspirer confiance. (…) L’armée est garante de l’intérêt national : elle ne tolérera aucun acte de violence ou de destruction ». Pour la première fois de son histoire, l’Égypte est entre les mains des « fils de paysan du Nil ».
4. La politique égyptienne
De nombreux présidents se sont remplacés au pouvoir égyptien. À part Mohamed Morsi, tous les chefs d’État qui se sont succédés depuis 1952, sont issus du milieu militaire. Ils ont gouverné le pays d’une main de fer. L’armée et l’État vont s’unir contre les formes de dépendance néo-coloniale. L’armée devient le représentant, l’agent et le symbole d’une nouvelle Égypte. Elle occupe ainsi une place primordiale dans la société et la politique égyptiennes. Très appréciée par une partie de la population, l’armée a chassé du pouvoir Mohamed Morsi, en 2013.
Le modèle Nassérien (1954-1970)
Convaincu que le destin de son pays est inséparable de la nation arabe, Gamal Abdel Nasser joue un rôle de leader et multiplie les tentatives d’unification du monde arabe. Si bien qu’en 1958, l’Égypte s’unit à la Syrie pour former la République arabe unie. Une unité sans lendemain (1958-1961). Nasser est aujourd’hui considéré comme le père du nationalisme arabe.
La politique nassérienne se traduit par la nationalisation et l’étatisation de l’économie. Cependant, ce système « socialiste » ne peut assurer le développement du pays, malgré les succès remportés dans certains domaines. Le raïs fait des concessions aux entreprises étrangères, notamment pour promouvoir le tourisme.
Sur la scène internationale, Nasser refuse de choisir entre les deux blocs de la guerre froide. Il est présent à la conférence de Bandoeng (1955) qui marque la naissance du mouvement des « non-alignés ». Les dirigeants américains, agacés par ses volontés indépendantes, menacent le président Nasser de paralyser financièrement la construction du barrage d’Assouan. En réponse au refus américain de continuer à financer la construction du barrage, Nasser annonce la nationalisation du canal de Suez, fleuron de l’impérialisme occidental. Les tensions conduisent à l’opération militaire d’octobre 1956, laquelle se solde par le retrait des forces israélo-franco-anglaise des terres égyptiennes.
Parallèlement, Nasser met en place une République sans pluralisme politique et mène une politique de répression massive. La radicalisation du régime se traduit tant en interne, avec par exemple l’exécution de Frères musulmans, qu’en externe. Nasser prône l’indépendance des pays arabes et soutient les mouvements de libération algériens et appuie la création de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP). L’Égypte nassérienne est en perpétuel conflit avec Israël.
Anouar El-Sadate (1970-1981)
Au début de son règne, le nouveau « raïs » affiche une volonté d’accélérer l’ouverture du pays à l’Occident et aux nouveaux États du Golfe. Anouar el-Sadate a participé au mouvement clandestin des officiers libres aux côtés de Gamal Abdel Nasser. Néanmoins, il s’éloigne de la politique nassérienne et se prononce en faveur de la libéralisation économique et politique.
En encourageant l’entreprise privée et les investissements étrangers, il creuse le fossé entre les riches et les pauvres. Sur le plan politique, il relâche des Frères musulmans, prisonniers sous le règne de Nasser.
Malgré un changement de société, les inégalités subsistent et aggravent les tensions sociales. Le régime se durcit. Les mouvements islamiques comme les Frères musulmans renaissent et se radicalisent. Le président Sadate signe un traité de paix avec Israël (1979). Il le paie de sa vie, assassiné par un groupe de commandos intégristes.
Hosni Moubarak (1981-2011)
Après une carrière militaire, Hosni Moubarak est élu en 1981. Comme ses prédécesseurs, Hosni Moubarak est à la recherche d’une légitimité ; Nasser était le père de la nation arabe et égyptienne, Sadate, l’homme de la libéralisation économique et de la paix.
Moubarak tente de promouvoir un gouvernement démocratique mais des groupes radicaux perpétuent des attentats dans les années 90. Hosni Moubarak réagit en faisant procéder à des arrestations en masse et des pendaisons. Il reste au pouvoir durant 20 ans ; les élections successives ne laissent place à aucun autre concurrent. En 2005, les États-Unis lui demandent fermement d’organiser des élections plus libres.
Sur le plan économique, Hosni Moubarak prolonge la politique de Sadate. Le régime égyptien soigne ses relations avec l’Occident, en même temps, qu’il combat une solide opposition à l’intérieur du pays. Il maintient l’état d’urgence, quelque chose de nécessaire selon lui pour combattre les mouvements terroristes de plus en plus nombreux.
Les droits de l’homme restent un sujet sensible pour le régime. Arrestations d’opposants, de syndicalistes et d’homosexuels par exemple, sont fréquentes.
En 2011, des manifestations éclatent contre l’absence de démocratie, la corruption et les inégalités sociales toujours plus criantes. Les révoltes se soldent par la chute du régime.
Pendant sa présidence, Hosni Moubarak avait mené une lutte contre la corruption. Pourtant en 2015, il est condamné pour détournement de fonds publics.
Mohamed Morsi (2012-2013)
Mohamed Morsi succède à Hosni Moubarak lors des premières élections démocratiques en juin 2012, avec près de 52% des voix. Il devient le premier président civil élu. Morsi, proche de la Confrérie des Frères musulmans, vit une année pénible, durant laquelle il ne parvient pas à concilier vieilles dynasties et nouvelles orientations gouvernementales.
La suite s’annonce particulièrement difficile. Toute tentative politique se retrouve torpillée ; la police, des fonctionnaires d’État et des cadres supérieurs s’opposent à la politique menée et paralysent l’appareil étatique en refusant de travailler. L’insécurité et les crimes augmentent tandis que la popularité de Morsi s’effondre et c’est le retour au chaos.
Il faut savoir que depuis 1952, jusqu’à l’élection de Morsi, les Frères musulmans s’étaient comportés comme des marginaux, et étaient considérés comme des terroristes. Pourtant, la majorité de la société égyptienne, leur était favorable.
Les Frères musulmans, marginalisés depuis leur création en 1928, avaient sans doute été dépassés par leur récente légitimité gagnée auprès du peuple égyptien ainsi que par leur propulsion soudaine au premier plan de la scène politique.
Ils n’avaient sans doute pas anticipé les retombées de leur popularité, naïfs face à la puissance réelle du militaire et des familles d’affaires égyptiennes ; ils régissaient réellement le pays depuis Gamal Abdel Nasser.
Le problème égyptien s’articule autour d’une trop faible classe moyenne, n’ayant aucun poids face à la dictature militaire. Ils n’ont su s’opposer aux militaires, ni propager un processus démocratique et laïque.
Après une énième tentative de réforme de la part des Frères musulmans, les premières protestations de masse éclatèrent en janvier 2013. D’abord au Caire, puis dans d’autres parties du pays. En juin de la même année, une centaine de milliers exigèrent la retraite de Morsi. Le 3 juin 2013, l’armée proclama sa destitution et l’envoya, comme d’autres dirigeants appartenant aux Frères musulmans, en prison.
Il en suivit de violentes protestations entre les pro-Morsi, les anti-Morsi et les forces de l’ordre, dont le pic de violences fut atteint en août 2013. L’armée égyptienne réprima de façon sanglante les protestations. Le leader de l’armée, Abdel Fattah al-Sissi, pilonna un camp réfractaire, pro-Morsi. 1000 à 1500 personnes trouvèrent la mort. Depuis, les violences sont quotidiennes.
En septembre 2013, la mouvance des Frères musulmans fut classée de mouvement terroriste et interdite ipso facto. Les richesses furent confisquées et la quasi classe dirigeante emprisonnée. La peine de mort fut proclamée contre nombre de dirigeants locaux, régionaux et nationaux. Parmi les inculpés ; Mohamed Morsi et Mohammed Badiyyah.
Les indicateurs pointaient en direction d’une guerre civile, d’autant plus que les Frères musulmans bénéficiaient d’un corps électoral entre 35 et 40% de la totalité de la population égyptienne. Les Frères musulmans sont très appréciés par les classes les plus défavorisées parce que la Confrérie offre un soutien financier aux plus pauvres.
Abdel Fattah al-Sissi (2013-2016)
Depuis la destitution de Mohamed Morsi par un coup d’état militaire, Abdel Fattah al-Sissi dirige l’Égypte. Lors des élections présidentielles de 2014, le maréchal al-Sissi se présente et remporte les élections avec un taux de 96%. Malgré d’importants soupçons de violations quant à l’exercice électoral, la commission de l’ONU approuve le suffrage et le considère de « démocratique et libre ».
Le président égyptien met en place un régime autoritaire, où protestations et violences sont à nouveau quotidiennes. L’opposition est muselée. Les journalistes réduits au silence. Les Frères musulmans sont pourchassés et interdits d’activité. Selon al-Sissi, les Frères musulmans répandent de fausses idées de l’Islam. Les islamistes ne sont pas les seuls concernés par la répression du pouvoir et les arrestations sont de plus en plus nombreuses, en particulier contre les intellectuels et les universitaires. En février 2016, un étudiant italien est retrouvé dans un fossé du Caire. Son corps torturé. Les autorités nient toute responsabilité.
Dans son rapport mondial, l’organisation Human Rights Watch écrit : « Le Président Abdel Fattah al-Sissi, qui a pris ses fonctions en juin 2014, un an après le renversement de Mohamed Morsi, le premier président démocratiquement élu de l’histoire de l’Égypte, dirige un pays toujours en crise. Les autorités ont emprisonné des dizaines de milliers de personnes, ont de fait interdit les manifestations, et ont proscrit le plus grand mouvement d’opposition du pays, les Frères musulmans. Les tribunaux ont condamné des centaines de personnes à la peine de mort, dont Morsi, à l’issue de procès inéquitables. »
La justice semble complètement hors du temps. Une campagne de colère a débuté en janvier 2016 contre le magistrat Shehata, redouté pour ses jugements féroces. L’Égypte d’al-Sissi organise des procès expéditifs de masse, en particulier à l’encontre des Frères musulmans.
Après avoir écarté les Frères musulmans de la vie politique, le président al-Sissi n’a plus d’opposants. À présent, il réprime l’opposition libérale et laïque, qui était à l’origine de la révolution de 2011.
Aujourd’hui, de nombreux mouvements de contestation se mettent en place mais les Égyptiens ont peur. Certains préfèrent vivre dans un état sécuritaire en étant privé de leurs libertés, notamment la liberté d’expression. Ils sont partagés sur le gouvernement d’al-Sissi. Certains le considèrent comme un sauveur autoritaire, d’autres, comme un homme militaire privant le peuple de ses droits. Il est tout simplement un dictateur devenu l’allié de l’Occident.
Dans ses discours, al-Sissi dit que le processus démocratique est long à mettre en place. Il ne faudra pas qu’il attende trop longtemps. Cinq ans après la révolution arabe, les Égyptiens sont dans la désillusion. C’est en quelque sorte un retour à la case départ. La plupart des jeunes leaders de la révolution ont été tués. Néanmoins, il y a toujours de l’espoir dans la jeune génération. Le changement est donc inéluctable mais il prendra du temps. Il existe de très graves problèmes économiques en Égypte. En 2016, des jeunes diplômés ont manifesté contre la politique élitiste du gouvernement dans les rues du Caire, ils ne trouvent pas d’emploi et se révoltent contre un régime qui privilégie les « fils de ».
En outre, le régime autoritaire utilise le prétexte de la lutte contre le terrorisme pour justifier l’abandon de libertés fondamentales. Le maréchal al-Sissi a notamment promulgué une loi anti-terroriste qui a élargi les pouvoirs des autorités. L’Égypte est considérée comme un « rempart au terrorisme » par plusieurs gouvernements occidentaux, et notamment la France.
Très proche du gouvernement français, l’Égypte a acheté de nouveaux appareils aériens et navals à la France. Malgré les problèmes économiques importants, il y a toujours de l’argent pour des Rafales et des Mistral. Le maréchal al-Sissi ne ménage pas ses efforts et multiplie les « courbettes ». Au cours de l’année précédente, il s’est rendu à Paris, en France et à Londres.
En parallèle, le maréchal al-Sissi a annoncé un plan de redressement de l’économie. En août 2015, le président égyptien a inauguré le nouveau canal de Suez, élargi pour permettre l’accroissement du transit de marchandises. Les projets de grande ampleur qu’a le maréchal al-Sissi pour son pays sont réalisés au détriment de l’éducation et la culture.
L’influence régionale à la fois politique et culturelle de l’Égypte est considérable. Le pays est l’un des centres de la culture arabe – le cinéma égyptien est présent sur tous les écrans du monde arabe – mais aussi un allié important de l’Occident.
L’Égypte est également au centre d’une géopolitique fragile. Entre les pays arabes et les États-Unis, il y a une certaine ambivalence. Un antiaméricanisme est très présent dans la région. Pourtant, l’Égypte est l’alliée des États-Unis. Elle s’est notamment engagé à ses côtés lors de la guerre du Golfe, contre les Irakiens et les armées de Saddam Hussein.
5. L’économie dans le désert
L’Égypte est un désert immense traversé du Sud au Nord par le Nil. Les terres habitables ne constituent que 10% du territoire. Les égyptiens sont très dépendants de l’agriculture et de l’énergie hydraulique.
Depuis la présidence d’Anouar el-Sadate, les différents gouvernements égyptiens ont fait la promotion du libéralisme économique, dépeçant le modèle socialiste nassérien. Le président al-Sissi a déjà entrepris de grandes réformes économiques. Il ménage surtout ses relations avec les États étrangers.
En Égypte, un énorme fossé sépare les riches et les pauvres. Dans les rues du Caire, les voitures de luxe clinquantes et les autobus totalement délabrés offrent un contraste choquant. Le Caire se trouve dans une situation de surpopulation. La pénurie de logements est grande et les inégalités sociales et économiques ne cessent de croître.
Dans le secteur du tourisme, les tensions sont perceptibles. Le Caire et différentes villes ont été frappés par des attentats en janvier 2016. Aujourd’hui, le tourisme a fortement diminué. La plupart des gouvernements occidentaux déconseille de partir en Égypte.
6. Le conflit israélo-égyptien
Après la guerre de l’indépendance de 1948 et l’incursion militaire de Suez en 1956, des tensions entre Le Caire et Tel-Aviv s’accentuent. Les appels aux meurtres dans le monde arabe sont quotidiens et l’État d’Israël, encerclé par les pays arabes, craint un nouvel holocauste.
La guerre des Six-Jours (1967)
Nasser demande aux forces onusiennes de quitter le territoire et ferme le détroit de Tiran aux navires israéliens, ce qui gêne l’approvisionnement de pétrole. Le 7 juin 1967, l’armée israélienne, Tsahal, entre dans la péninsule du Sinaï. Des contre-attaques arabes s’organisent péniblement. Les troupes israéliennes s’apprêtent à marcher sur Le Caire. L’Union Soviétique et les États-Unis imposent un cessez-le-feu.
Le bilan des morts est lourd. Des reporters de l’Express écrivent : « Des corps gonflés, puants sous le soleil. Une horreur qui va au-delà de la pitié. Des tonnes de matériel abandonnées dans le sable du Sinaï, et, à côté des tanks, des cadavres, pieds nus, qui se décomposent. Bientôt les chacals seront là[2] ».
La guerre des Six-Jours modifie la carte. Israël annexe le Sinaï. Après leur guerre éclaire victorieuse, les Israéliens exaltent. L’une des blagues à la mode dans l’entité sioniste est la suivante : « Qu’est-ce qu’on fait à midi ? – On envahit Le Caire. – D’accord mais qu’est-ce qu’on fait dans l’après-midi ? »
Suite à l’humiliante défaite de la guerre des Six-Jours, Nasser remet sa démission. Les fondements idéologiques s’effondrent, confirmant la faiblesse du nationalisme arabe et du nassérisme. La nation est discréditée et humiliée. Le peuple refuse cependant la démission du président Nasser. Il conserve son poste bien qu’il ait perdu son charisme légendaire.
La guerre du Kippour (1973)
Les armées arabes, sous l’autorité du raïs égyptien Sadate, créent à leur tour la surprise en bousculant Tsahal. L’armée égyptienne se bat pour récupérer le territoire perdu en 1967. Encore une fois, les États-Unis et l’Union Soviétique sont obligés d’intervenir.
L’Égypte récupère le Sinaï et bénéficie d’une importante aide des américains. La guerre du Kippour va aboutir à un accord de paix entre Le Caire et Tel-Aviv.
Les accords de camp David (1979)
Aujourd’hui, les relations demeurent fragiles. Israël reste toujours un point sensible pour les pays arabes. L’Égypte a d’ailleurs été raillée de nombreuses années après avoir signé l’accord de paix avec Israël, l’ennemi des pays arabes. Choqués, ces derniers avaient exclu l’Égypte de la Ligue arabe.
Il faut savoir aussi que les Égyptiens ont beaucoup souffert de l’immigration palestinienne. Aujourd’hui, le Caire traverse une crise de logements et d’emplois. La capitale égyptienne se voit surpeuplée.
7. La religion
L’Islam est omniprésent et pratiqué par 95% de la population. La population égyptienne compte également 5% de coptes, une branche de la confession chrétienne. L’islam sunnite s’est imposé dans l’ensemble du pays. L’islam égyptien est un islam acharite, dominé par le rite de l’école chafiite, l’une des quatre écoles de la jurisprudence de l’Islam sunnite. La mosquée el-Azhar, centre de l’Islam sunnite, assure la reproduction de cette « orthodoxie ».
Musulmans et coptes cohabitent, malgré des agressions parfois violentes entre les deux communautés. Par exemple, dans les années 70, le Gamaa Islamiyya, un mouvement islamiste égyptien, s’entraine dans le désert pour lutter contre la communauté chrétienne qu’elle suspecte de stocker des armes.
Dans la sphère économique, il y a également un déséquilibre important entre les coptes et les musulmans. Les occidentaux étant plus enclins à traiter avec la communauté chrétienne. L’appartenance confessionnelle crée donc des inégalités.
Depuis 1928, avec la création des Frères Musulmans, la revendication religieuse islamique est très présente. Elle devient essentielle dans les années 1980, alors que le président Moubarak se cherche une légitimité. Les chrétiens ne mettent pas en danger le régime, tandis que les islamistes tentent d’intégrer le système institutionnel. De crainte de perdre son assise, le régime tire profit de tout conflit interconfessionnel pour réprimer les mouvements islamistes.
C’est là qu’il y a un amalgame, les islamistes ne sont pas tous des poseurs de bombes, anti-chrétiens et anti-touristes. Par exemple, les Frères musulmans essayent le plus possible d’être présents lors des festivités des coptes pour ne pas que réislamisation rime avec atteinte à l’unité nationale. « L’Islam est l’héritage des coptes et des musulmans : ils sont musulmans par la nationalité et chrétien par la foi » rappelle Adel Hussein, représentant du parti du travail. Depuis que les chrétiens d’occident sont arrivés dans le Moyen-Orient, des tensions sont apparues entre les différentes communautés.
Partie II : Les Frères musulmans, hier et aujourd’hui
1. Les Frères musulmans
La confrérie des Frères musulmans est née en Égypte, en 1928, sous l’impulsion d’Hassan al-Banna. Celui-ci n’est pas un ouléma (c’est-à-dire un « homme religieux ») mais un simple instituteur. L’islam des Frères musulmans est un mélange de sunnisme, de salafisme (approche rigoriste de l’Islam) et de soufisme.
En 1928, les Frères musulmans s’opposent à la domination anglaise de l’Égypte et rejettent les influences, jugées corruptrices, de l’Occident matérialiste. L’une des principales idées de la Confrérie est la renaissance islamique en Égypte. Très attaché à la religion, le fondateur des Frères musulmans veut faire du pouvoir politique l’un des piliers de l’islam. Cette politisation nouvelle de l’islam est à la base de la mouvance islamiste.
Lors de la guerre de Palestine (1948), les Frères musulmans s’engagent dans une lutte contre les organisations sionistes. Hassan el-Banna prône le « djihad ». À cause de nombreux abus et violences, un décret interdit la confrérie des Frères musulmans. L’auteur du décret, le premier ministre Mahmoud an-Nuqrachi Pasha est tué par un étudiant vétérinaire appartenant à la confrérie des Frères musulmans. Un acte condamné par Hassan el-Banna. Quelques mois plus tard, en février 1949, le guide suprême Hassan el-Banna est assassiné. Le régime est suspecté.
Cette escalade de violence choque le mouvement des officiers libres. Une fois au pouvoir, Nasser, leader des officiers libres, rejette violemment les Frères musulmans, qu’il appelle les « fanatiques religieux ». La confrérie est dissoute en 1954. Cependant, les Frères musulmans n’arrêtèrent pas d’exister mais attendent un climat politique plus favorable.
La gouvernance de Nasser est marquée par une répression meurtrière des Frères musulmans. Les militants et les dirigeants de la confrérie furent emprisonnés ou s’enfuirent. La période nassérienne est la source de l’identité de victime des Frères musulmans. La confrérie, qui entretient le mythe de la persécution, se fixe alors l’objectif politique de déloger les militaires et de rétablir le pouvoir civil.
Après la mort de Nasser, en 1970, la confrérie reprend son travail de prédication et ses activités sociales. Cependant, sa participation politique reste strictement contrôlée. Les successeurs de Nasser, Anouar el-Sadate, puis Hosni Moubarak, ont donné plus de liberté aux Frères musulmans au début de leur présidence mais dès que ces derniers semblaient trop forts, ils ont renforcé leur contrôle.
Ils ont ainsi tolérés les Frères musulmans qui soutiennent l’un des piliers principaux de l’organisation culturelle et idéologique de l’Égypte. L’islam est un discours total et concret qui peut couvrir le plus largement l’ensemble de la population.
En 1984, les Frères musulmans sont reconnus comme une organisation religieuse par Hosni Moubarak. Le président Moubarak leur interdit cependant toute participation à la vie politique. En 1991, ils formulent une nouvelle requête, qui est refusée étant donné qu’une vieille tradition interdit aux partis politiques d’avoir une base confessionnelle.
Pendant la révolution du Nil, la confrérie ne joue pas un rôle principal. Par contre, elle devient un acteur politique incontournable après les faits de 2011. Son parti, le Parti de la Liberté et de la Justice (PLJ), dirigé par Mohamed Morsi, est légalisé la même année.
Durant la campagne électorale de 2012, deux institutions s’affrontent : l’armée et les Frères musulmans. La violence de l’armée pendant la révolution lui a valu un discrédit important. Morsi gagne sa place au second tour de l’élection. Son adversaire, Ahmed Chafik, général à la retraite et dernier premier ministre d’Hosni Moubarak. Les Frères remportent la victoire contre l’armée. Mohamed Morsi est élu le 24 juin 2012 avec 51,8 % des voix. L’institution militaire passe sous le contrôle d’un civil. L’armée a du mal à accepter les résultats électoraux.
Dès ses débuts, Mohamed Morsi s’oppose à l’armée, qui était au pouvoir de 1952 à 2011. Quand les militaires dissolvent l’Assemblée, dominée par les islamistes, Mohamed Morsi annule leur décision par décret.
Mohamed Morsi a voulu d’instaurer un conseil de sécurité national, composé de civils et chargé de superviser les militaires. Ce projet était très contesté chez ses opposants et a provoqué des manifestants contre la « frérisation de l’État ». Les protestataires ont été choqué de voir leur révolution confisquée et ont accusé la confrérie de placer ses membres à tous les échelons du pouvoir. Au niveau économique, le gouvernement n’a pas eu de succès non plus. Les Frères musulmans ne parviennent ni à améliorer le quotidien des Égyptiens, ni résoudre les problèmes du pays.
Après de nombreuses manifestations, le gouvernement Morsi est destitué. Le 3 juillet, un coup d’état approuvé par une partie de la société met la fin au pouvoir des Frères musulmans. L’armée reprend les rennes du pays.
Les nouvelles autorités, au cours des mois qui suivent, condamnent des centaines de dirigeants et membres des Frères musulmans à mort. L’ancien président est condamné à 20 ans de prison pour « incitation au meurtre » de manifestants. Le parti politique PLJ (Parti Liberté et Justice) de la mouvance des Frères est dissout et la confrérie est de nouveau considérée comme un mouvement terroriste.
Aujourd’hui, l’organisation panislamiste est considérée comme une organisation terroriste par le gouvernement égyptien. C’est une véritable chasse aux sorcières. De nombreux leaders des Frères musulmans ont été retrouvés morts. Le gouvernement actuel d’Abdel Fattah al-Sissi réprime ses adversaires anciens en essayant de maintenir le contrôle sur le pays.
2. Les revendications
À l’origine, l’organisation sunnite et réformiste se fixe deux objectifs : libérer le pays du joug britannique et prendre le pouvoir d’une Égypte célébrant à nouveau des valeurs de l’islam. Les Frères musulmans sont contre les institutions imprégnées de laïcisme. La Confrérie prône un État islamique complet, fondé sur le Coran et la Sunna. Les Frères musulmans seraient les gardiens d’un vaste royaume régit par les prescriptions islamiques légales.
L’une des premières revendications est le nationalisme en réaction à l’impérialisme. Ensuite, les Frères musulmans militent pour une réislamisation de la société et du discours politique. Ces deux revendications remplissent des fonctions le plus souvent identitaires que religieuses. La revendication islamique est fondamentale pour les Frères musulmans.
L’affirmation « islamique » et l’établissement d’un État théocratique peut cautionner le retour de postures conservatrices mais peut également être le vecteur d’un dépassement, d’une libéralisation politique et économique et peut-être en accord avec les « valeurs démocratiques ». L’idée d’un islam politique (soumettre la politique à la religion) n’est pas contraire à la démocratie.
Les Frères musulmans luttent contre la pauvreté, l’ignorance et l’occidentalisation. La confrérie opte pour une culture militante privilégiant l’action collective. En 1948, Hassan el-Banna présente les objectifs de la confrérie des Frères musulmans : « Frères, souvenez-vous que plus de soixante pour cent des Égyptiens vivent en dessous du seuil de pauvreté et qu’ils n’ont suffisamment à manger que par la peine la plus ardue. Que l’Égypte est menacée par la famine et qu’elle est exposée à de nombreux problèmes économiques dont Dieu Seul connaît l’issue.
Qu’il existe plus de trois cent vingt compagnies étrangères en Égypte qui monopolisent les services publics et toutes les fonctions importantes dans tous les secteurs du pays ; que les rouages du commerce, de l’industrie, et de toutes les institutions économiques sont aux mains d’étrangers mercantiles ; que nos richesses immobilières sont transférées à la vitesse de la lumière des mains des habitants à celles des étrangers.
Que l’Égypte est, dans tout le monde civilisé, le pays le plus touché par les maladies, les épidémies et les infections ; que plus de quatre-vingt-dix pour cent du peuple égyptien souffre d’infirmité et perd l’usage de certaines facultés physiques en raison de virus et de maladies ; que l’Égypte souffre encore de l’analphabétisme, avec moins d’un cinquième de la population qui est éduqué et plus de cent mille personnes qui n’ont jamais suivi les programmes de l’enseignement obligatoire.
Souvenez-vous que le crime a doublé en Égypte et que cela a atteint des proportions inquiétantes, au point où il y a plus de gens qui ont fait de la prison que l’école ; que, jusqu’à présent, l’Égypte a été incapable d’équiper une simple division armée avec son effectif complet de matériel ; que ces symptômes et ces phénomènes peuvent être observés dans tous les pays islamiques.
Vos objectifs consistent entre autres à réformer l’enseignement, à lutter contre la pauvreté, l’ignorance, les maladies et le crime et à créer une société exemplaire qui méritera d’être associée à la voie de l’islam »[3].
Il y a d’une part, une volonté de justice et d’autre part, un ordre social à respecter : obsession d’une morale stricte, charia comme solution à tous les problèmes, contrôle des mœurs, etc.
La confrérie est très appréciée parmi les couches populaires comme les classes moyennes. Le mouvement d’éducation populaire, la religion et la pensée pour assurer la régénération de l’Islam, séduisent les masses. Hassan el-Banna s’intéresse beaucoup aux jeunes. L’éducation est très importante. Les Frères musulmans veulent réformer l’enseignement, en rattachant, par exemple, les écoles primaires aux mosquées.
Hassan el-Banna crée des groupes de jeunes « Fréristes » connus aussi sous le nom des « chemises kaki ». Ceux-ci reçoivent un enseignement islamique mais également une formation aux sports de combat.
Portant des barbes courtes et soignées, les Frères musulmans réclament plus d’inclusion. Le mouvement des Frères musulmans n’est pas uniquement religieux mais très politique. Les Frères musulmans sont dangereux pour le régime parce qu’ils sont légalistes et implantés dans le tissu égyptien. Ainsi, le régime discrédite les attitudes légalistes et participationnistes, ce qui renforce et légitime la posture de refus d’une composante extrémiste. Ceux qui ont recours à la violence représentent une minorité et refusent l’option démocratique du régime.
Les violences islamistes sont produites par le verrouillage du système institutionnel et également à la répression que ces mouvements subissent. Pour le régime égyptien, des mouvements islamistes légalistes sont encore plus dangereux que les anti-terroristes. Satisfait que les occidentaux ne fassent pas la différence entre les légalistes et les extrémistes, ils sont tous considérés comme des terroristes. Ce qui permet aux régimes de faire subir une répression, de mener une politique répressive à l’encontre des Frères musulmans et d’être en même temps soutenus par les occidentaux.
Les Frères musulmans ne sont pas un groupe homogène. Ils sont traversés par de nombreuses divergences quant à la stratégie et la politique à adopter. La confrérie connait des tensions entre les extrémistes et les légalistes, prêts à jouer le jeu parlementaire. Par exemple, l’organisation terroriste Al-Qaida accuse les Frères de faire des concessions laïques à la démocratie.
3. L’influence des « Fréristes » dans le monde
Bien que le mouvement soit né en Égypte, les Frères musulmans ont influencé beaucoup d’autres pays et d’organisations similaires dans les pays autour Égypte et même en Europe. Les cellules se sont multipliées au Soudan et dans l’ensemble du Proche-Orient.
4. Les relations avec l’Occident
L’Occident a des difficultés à établir une relation juste et rationnelle avec les « islamistes ». Ils sont pointés du doigt dans les médias occidentaux et persécutés par leur propre régime. Cette répression est soutenue par les États étrangers. La perception de la « réislamisation » identitaire est trop souvent réduite à son expression la plus radicale. Pourtant le spectre islamique est large et les extrémistes ne sont qu’une minorité.
Devant les islamistes, l’Occident a le sentiment inconscient de « perdre, en quelque sorte, le monopole d’expression de l’universel du fait de l’émergence d’un lexique (islamique) concurrent »[4]. Il y a une méconnaissance du monde musulman par les occidentaux. « L’autre », c’est-à-dire le musulman, fait peur. « L’autre » qu’il faudrait éduquer et sauver. En découle une « criminalisation émotionnelle de toute expression sociale, culturelle ou politique employant le lexique musulman »[5].
La machine de guerre médiatique joue un rôle très important. Elle façonne – consciemment ou non – les imaginaires occidentaux. La réislamisation est à replacer dans un contexte identitaire. Il est légitime que les pays arabes veuillent « réhabiliter les marqueurs symboliques de la culture musulmane »[6].
[1] Wafd signifie « délégation ».
[2] Françoise Giroud, « Le drame arabe », L’Express, n°835, Rubrique : Monde, 19/06/1967
[3] Hassan al-Banna, Textes originaux, traduction de Naïma Afif, Lyon, Tawhid, 2010, pp. 251-252
[4] François Burgat, L’islamisme en face, Paris, éd. La Découverte, coll. « La Découverte/Poche », 2007
[5] Ibid.
[6] Ibid.
